Priya

Priya est née à Mumbai, cette mégapole effervescente où des femmes cinéastes racontent aujourd’hui leurs réalités depuis l’écran. Marquée par les images de Payal Kapadia et par All We Imagine as Light, film qui suit les trajectoires de trois femmes, entre tradition et liberté, solitude et solidarité féminine, Priya choisit de venir faire ses armes à Paris. Parce qu'avec le temps, l'urgence change. Ce qu’elle veut raconter devient ce qu’elle veut défendre. Ainsi, la réalisatrice veut être avocate : même combat, autre champ, même passion pour les récits humains, mais avec une robe et un procès.

FAQ — ToutTout ce qu’un F300 inspire

Enfant, pensais-tu ouou savais-tu que tu finirais par travailler dans la cinéma ? À quel moment as-tu réalisé que c’était ce que tu voulais faire comme carrière ?

Dans mon enfance, je voyageais beaucoup avec mes parents. Chaque été, nous partions pendant un mois dans un petit van que mon grand-père avait transformé en caravane familiale. Nous quittions la ville pour rejoindre d’autres régions : le Rajasthan, le Kerala, le Tamil Nadu.

Puis nous sommes partis vivre en Europe, en Toscane. Mon grand-père était instituteur et excellent charpentier. Il avait construit un petit laboratoire derrière sa maison dans les montagnes de Toscane, et je m’asseyais souvent à côté de lui pendant qu’il assemblait des meubles ou travaillait des motifs. Observer sans cesse les gestes et rituels de ma famille dans une pays d’une culture que je ne connaissais pas encore m’a donné l’envie de tout documenter. Ça tombait bien, mes parents m’offrait une caméra. 

Les femmes de Mumbai, de Toscane, de Florence pendant mes études, puis de Paris sont si différentes et si riches, que ma passion s’est transformée en mission : vous éclairer mesdames. Et m’inviter dans cette identité pluriculturelle. 

As-tu parfois lele sentiment de devoir te traduire pour être acceptée ?

En me renseignant sur mes ressentis, j’ai découvert que les chercheurs parlaient de code-switching : la capacité d’adapter le langage, les gestes, références selon les espaces que nous traversons. Ce comportement fait de moi une excellente observatrice, idéal dans mon métier. Mais le coût émotionnel est parfois élevé. Suis-je assez d’ici ? Ou assez de là-bas ? Qui suis-je quand je cesse de m’adapter ? Ai-je le droit de raconter cette histoire ? Aime-t-il toutes mes origines ? Si je choisis un camp, est-ce que je me trahis ? C’est une négociation constante entre mes héritages et mon désir personnel. 

Quelle est tonton expression préférée ?

« Toi, tu es gai comme un italien. Quand il sait qu’il aura de l’amour et du bon vin. » Empruntée à Nicole Croisille, Une femme avec toi, 1975

Ta féminité a-t-ellea-t-elle été façonnée différemment selon les cultures que tu traverses ?

À Mubai, dès l’enfance, j’étais plongée dans les symboles : ornements, couleurs des saris, bindi sur le front, ma grand-mère qui entremelait nos cheveux bouclés. Elle disait qu’ils gardaient la mémoire. Puis en quittant l’Inde, elle a allégé les gestes, portaient mois de bijoux, des vêtements plus sobres. Mes cheveux bouclés, longtemps perçus comme trop sauvages, ont cessé d’être un problème à corriger. Je me suis découverte autre, plus discrète et en même temps, libre. À Florence, où les corps de femmes sont façonnés par l’art et les enseignements tels que la sculpture, j’ai appris à regarder mon cou, mes épaules, mes hanches, et mes jambes à travers de nouveaux récits culturels. Puis Paris, ville de la mode, dit-on, mais pour moi elle a surtout été une école du regard. Je me suis autorisée à observer, imiter parfois, me tromper souvent. C’est aussi à Paris que les gestes transmis par ma grand-mère et ma mère ont trouvé une autre résonance.  Le soin du corps, l’attention portée aux matières, composer avec les plus belles marques françaises. Paris, est mon terrain de jeu favori. 

Tes rituels beautébeauté préféré ?

L’ubtan, un masque à base de farine de pois chiches, utilisé pour illuminer le teint, nettoyer la peau et exfolier en douceur. Ma grand-mère en préparait avant les grandes occasions familiales! Mélanger besan (farine de pois chiches), curcuma et lait ou eau de rose, laisser sécher 10-15 min puis rincer. 

Pour dompter mes frisottis rebelles, Honey Infused Hair Oil de Gisou (petit plus, un chant lavani pour la mémoire).

Halū halū venī gunphte,
Jīvanāchī shahānīv dete
Tū mājhī, mī tūzhī,
He gīt kesānt rāhte

Lentement, je tresse la natte,
Je te transmets la sagesse de la vie.
Tu es à moi, je suis à toi,
Cette chanson restera dans tes cheveux.

La pièce quiqui tient ton coeur les jours de doute ?

C’est un long manteau vert profond, presque végétal, que je porte en bouclier. Les poignets bordés de fausse fourrure sont un détail essentiel, en geste maternel. Quand le doute s’installe, je les remarque davantage. Destree est un marque qui pourrait sauver le monde.