Sven
L'amie de sa mère était une grande actrice et lui a offert un appareil photo pour ces huit ans. En réalité, il l'a toujours : c’est un vieux Kodak Brownie, un appareil devenu célèbre. Dès qu’il l’a eu entre les mains, il n’a plus cessé de s’en servir. Il a commencé à photographier tout ce qui faisait partie de sa vie à ce moment-là : son chat donnant naissance à des chatons, son frère jouant avec ses amis… Et, à vrai dire, lorsqu’il regarde aujourd’hui les portraits qu’il réalisait à l’époque, son travail n’était pas si différent de ce qu’il fait encore. Il considère que le portrait est l’une des formes les plus importantes de l’art visuel. Rien ne s’y compare vraiment. Il a souvent échangé avec d’autres photographes à ce sujet, et selon lui, l’idée que la photographie serait totalement connectée à la réalité est une illusion. Alors, pour lui donner un peu plus de réalité, il choisit l'image en mouvement.
FAQ — ToutTout ce qu’un F300 inspire
Quelle sorte d’espoird’espoir mettez-vous en l’amour ?
Je n’ai d’espoir qu’en la rencontre. Avez-vous déjà aimé d’un seul regard ? Je mets en l’amour une parole, une caresse, une vérité partagée. L’amour est ce qu’il y a de plus profond, de plus insaisissable. Je mets en l’amour, non l’espoir, mais l’âme humaine.
Que faites vousvous lorsque vous êtes seul ?
La solitude est une amie fidèle. Elle est la promesse de ma prochaine découverte, sur un monde mystérieux que j’ai bâti à l’intérieur. J’ai ce carnet dans la main depuis bientôt 10 ans. J’y note des mots solitaires, de courtes idées. Et lorsque je l’ouvre, souvent place Monge, mon passé semble sceller mon avenir de ces petits riens que me suis engagé à ne jamais oublier. « Je commence enfin à comprendre » après les premiers cris de mon fils. « Sa robe à la couleur des hortensias de ma mère » saisi par l’allure d’une femme qui deviendra celle de ma vie.
Quel est votrevotre style d’homme préféré ?
Marcello Mastroianni dans Huit et demi, évidemment. Parce qu’il est élégant, sexy, intelligent, tout à la fois. Il incarne ce que j’appelle l’homme total : celui qui doute, qui désire, qui observe, sans jamais écraser le monde autour de lui. Un homme poreux. Et terriblement vivant.
Un podcast queque vous écoutez en boucle ces temps-ci ?
La correspondance de Flaubert, Lettres à Louise Nolet. Cette tristesse immense, cette tension entre l’amour et l’œuvre. « Je suis d’une tristesse de cadavre… » écrit-il. C’est bouleversant d’honnêteté. Ces lettres disent tout : le désir, l’ennui, la nécessité d’écrire pour ne pas se perdre. Elles rappellent que l’amour peut être une force créatrice autant qu’un vertige.
Quelle musique accompagneaccompagne aujourd’hui ?
Nusrat Fateh Ali Khan et Jeff Buckley. Deux voix que tout semble opposer et qui pourtant se répondent. Le mystique et le profane. La transe soufie et la chair du rock.
Chez Nusrat Fateh Ali Khan, il y a l’élévation. Héritier du qawwali, ce chant spirituel soufi destiné à rapprocher l’homme de Dieu, Nusrat invoque. Les notes se répètent, s’étirent, s’envolent, jusqu’à faire perdre toute notion de temps. Sa musique agit sur le souffle, sur le rythme cardiaque, sur quelque chose de plus ancien que la pensée.
À l’autre extrémité, Jeff Buckley. Une voix fragile tant elle semble mise à nu. Il chante l’amour, le manque, le désir, la perte, avec une intensité qui passe par le corps avant d’atteindre l’âme. Ce qui me touche dans cette rencontre imaginaire, c’est qu’elle refuse le choix. Nusrat élève. Buckley expose.
Et pourtant, tous deux partagent une même quête : celle de l’absolu.
En tant queque réalisateur, quel a été votre dernier coup de cœur cinéma ?
La Petite Dernière, de Hafsia Herzi. Un film doux et lumineux, qui ose briser des tabous sans jamais hausser la voix. Cette manière d’aborder la foi, le désir, l’homosexualité, sans jugement, avec une infinie délicatesse… C’est rare. Et précieux.
Et un documentairedocumentaire qui vous a marqué récemment ?
Soundtrack to a Coup d’État, de Johan Grimonprez. Un film ambitieux, traversé par le jazz, la décolonisation, la mémoire politique. Il rappelle que la musique peut être un acte de résistance. Que l’art peut encore dialoguer avec l’histoire sans la simplifier.
Une adresse oùoù vous aimez vous retrouver ?
Puerto Escondido, au sud du Mexique. L’hôtel Humano.Puerto Escondido, au sud du Mexique.
Et près dede chez vous, à Paris ?
Le Studio 28. Une salle de cinéma qui existe depuis 1928. Trois films par jour, un petit café, et les lustres de Jean Cocteau. C’est un endroit où le temps accepte de ralentir.


