Colette
Colette a grandi dans une petite ville de l’est, près de la frontière, là où l’hiver s’installe et où les trains aux voyageurs déterminés partent vers Paris. La maison était basse, un peu humide, entourée d’un jardin indocile que sa mère refusait de dompter. Sa mère était libre. Elle parlait de Beauvoir et de Violette Leduc comme de femmes vivantes. Elle disait que les filles n’avaient pas à se rendre aimables. Le père, souvent absent, passait. Les femmes, elles, tenaient. Puis la mère est partie, vite. Colette avait vingt ans. Une nuit a suffi pour la faire adulte. La maison s’est vidée, le jardin s’est tu. Elle est montée à Paris peu après. Une chambre, puis une autre. Elle a compris que sa mère lui avait laissé une boussole, pas une carte. Qu’il fallait avancer sans mode d’emploi.
FAQ — ToutTout ce qu’un F300 inspire
Y a-t-il eueu un moment charnière dans ta vie qui a redéfini ta manière de regarder le monde ?
Oui. Il y a eu un avant et un après. La perte de ma mère a fait voler en éclats tous mes repères. Le monde n’a pas explosé, non. Il a glissé. Plus rien n’était exactement à la bonne place. Les couleurs étaient les mêmes, mais leur densité avait changé. J’ai dû réapprendre à regarder, à avancer sans carte, à accepter que certaines réponses ne viendraient plus. Le deuil m’a appris une forme de lucidité douloureuse : rien n’est garanti. Tout peut se défaire. Depuis, je regarde ce qui reste. Je m’y accroche. À ce qui tient encore. À ce qui fait sens.
Que fais tutu lorsque tu es seule ?
Je m’insurge! Vous voulez un exemple ? Parisienne mes fesses, adios le savoir-faire et l’intelligence made by Madame Lafayette et Madame de Sévigné. Adios le mythe. Combien d’entre nous ressemblent à Brigitte Bardot au réveil et vivent Rue du Bac ? Bonjour les cheveux en bataille, le charme discret mais assumé, les tailles 42, vivre au delà du périph’, s’habiller chez Monoprix et Isabel Marant, avoir froid en terrasse, la maladresse, les danses jusqu’au petit matin, les pleurs sur le chemin du retour, les retrouvailles après minuit, l’humour grivois. La parisienne est tout, le conventionnel et le non conventionnel, le stéréotype et l’inclusif, le passé et le futur.
Quel espoir mets-tumets-tu en l'amour ?
Un espoir plein comme un oeuf, débordant de vitalité et donneur de vie. De multiples langages de rêve. Un mot, une phrase, un poème, une oeuvre si justes qu’ils nous rappellent l’infini désir, dans les tripes et non dans la tête, qu’aimer est un acte intuitif et sauvage. Il ne suit aucune règle.
Quelles sont testes inspirations ?
Chloë Sevigny dans Kids, 1995. Un t-shirt ringer, un jean. Rien de plus. Et pourtant, tout. Une coupe de cheveux que l’on a toutes tenté d’imiter sans jamais en saisir l’essence. Chloë Sevigny ne reproduit pas un style : elle le fait naître. Délié, instinctif, affranchi.
Un poème quiqui te donne espoir ?
Tu souffles la vie sur ma peau
La vie partout
La vie jusque dans tes cheveux défaits
La vie fatiguée de tes yeux
Qui ne peuvent se fermer au plaisir
Simon Johannin – La dernière saison du monde
Comment fais-tu pourpour t’apaiser ?
Par l’aromachologie.
Parce que l’odeur ouvre là où les mots échouent. Elle traverse la mémoire, calme, replace.
Il y a aussi des lieux.
Ryoko-online, à Berlin. Parfums poétiques, thés précis, céramiques, bougies artisanales, et un spa dont les soins du visage comptent parmi les plus justes que je connaisse. J’y reviens pour la sauge et le bois de Palo Santo. Pour nettoyer l’espace, ouvrir quelque chose. Ces odeurs m’aident à écrire. À laisser venir, sans insister.
Une chanson quiqui te transporte ?
Boa sorte (good luck) Ben Harper & Vanessa da Mata
Tu aimes lesles objets, peux-tu nous dire d'où viennent tes préférés ?
Mes objets préférés viennent souvent de sélections très pointues, j’aime particulièrement Objets Inanimés : la curatrice et galeriste Julie Pailhas a un don pour choisir des pièces précieuses. Je rêve notamment de leur porte-bouteilles Audoux-Minet (attribué, circa 1950), un objet sculptural, simple et profondément désirable.
Si un livrelivre devait dire quelque chose de toi, lequel serait-ce ?
Paroles d’artistes femmes.
Parce que tout y est. Le doute, l’ambition, la solitude, le désir de créer malgré tout. Cette phrase de Marie Bashkirtseff me poursuit : « C’est avec la conviction intime que je ne serai jamais lue, et avec l’espérance encore plus intime du contraire, que j’écris mon journal. »
Correspondances, journaux, manifestes… quarante femmes artistes à Paris, de la Belle Époque à l’avant-guerre, célèbres ou invisibilisées, qui cherchent leur place, leur voix, leur reconnaissance. Ce livre raconte la vie de toute femme qui ose parvenir à ses rêves.
Quelles marques traversenttraversent les saisons avec toi ?
Je m’insurge. Encore. La mode pressée, la beauté jetable, le bijou sans âme ? Très peu pour moi.
Moi, j’aime quand ça prend le temps. Quand ça naît d’un voyage, d’un doute, d’un besoin vital de faire autrement.
Laganini, par exemple.
Adios la fast fashion, adios l’urgence. Bonjour tómatelo con calma. Une île croate, des rencontres, un mot glané chez les locaux. Créer depuis le vide, depuis le désir. Des pièces limitées, colorées, imparfaites, pensées pour une femme qui a du caractère, qui s’amuse, qui vit. Slow life, slow fashion.
Pour les bijoux, Juliana Bezerra.
Pas du brillant lisse et sans histoire. Non. De l’argent brut, presque vivant. Le Brésil qui dialogue avec le Portugal, la nature, la simplicité, la beauté crue des formes. Des textures irrégulières, des combinaisons improbables.
Et puis Rowse.
Un après-midi gris à Paris, deux femmes, des plantes, la science, le temps long. Assez des promesses creuses. Ici, on parle de longévité, de vérité, de beauté qui dure. Des essentiels végétaux, honnêtes, intelligents. Une beauté sans âge, sans genre, sans surenchère.
Le classique et l’imprévisible.
La lenteur et le désir.
Le passé et ce qu’on invente encore.


