Chapitre 1.2 — Je suis une fille du sud, et ca se voit
Cher lecteur,
Je t’écris d’un matin trop frais pour mon sang, peut-être me lis-tu dans une lumière que je ne vois pas aujourd’hui à Paris. J’ai besoin de te partager une vérité, qui ne tient debout qu’à condition d’être confiée. La mienne est simple : Je suis une fille du sud, et ça se voit.
J’ai grandi dans un pays où la lumière tient lieu de morale. Là-bas, au Sud, rien n’est voilé. Le soleil tombe droit, sans détour, et tout ce qui ment se flétrit sous sa chaleur. On apprend tôt que la clarté est une épreuve. Elle oblige à être exact. À marcher droit. À ne pas tricher avec soi-même.
Chez ma grand-mère italienne et arlésienne, les mots roulaient avec l’accent du cœur. Chez mon grand-père aux racines espagnoles, ils avaient la netteté d’un verdict. J’ai appris d’eux que l’amour, le travail, la fatigue, tout ce qui compte vraiment, se dit sans détour.
Tu ne me connais pas encore, mais si tu m’avais croisée ce matin au Château des Fleurs, tu aurais senti tout de suite le Sud en moi. La braise domestiquée de mon café, sa chaleur qui me rappelait les matins d’Aix et les sourires en clair-obscur de Justin. Autour, le rose des murs, le jaune tranchant du matin et ce bleu pâle accroché aux ombres formaient une palette que Paris m’invente en prime time. Je venais m’y asseoir après être passée au Publicis Drugstore acheter mes magazines, Elle, Harper’s Bazaar, Vogue, Milk Decoration. Un vieux réflexe de lectrice affamée : commencer la journée en vérifiant ce que le monde imprime avant de vérifier ce que moi, je ressens.
Ressentir, ces jours-ci ? Je monte un mur à mains nues. Oui, j’ai fais le choix de fonder mon agence de communication. Seulement, ça use, ça creuse, ça entame ce qui brûle en moi. Pourtant la brûlure ne me quitte pas : une soif ancienne, impossible à calmer. Alors je tire une carte du Tarot Tale d’Armani Casa. Il Sole. La Forza. Qui ne tarde pas à éveiller, chez moi, toute cette zone obscure et intime qui m’émeut autant. Un peu comme le soleil qui monte chaque matin : sans promesse mais avec l’exactitude qui force le jour à exister. Je m’appuie sur cette obstination-là.
En parlant d’obstination, l’amoureux m’a écrit :
« On a reçu la lampe Los Objetos Decorativos. »
« Enfin! Une lumière de Minorque à la maison, ça vaut toutes les bonnes nouvelles. Ne touche à rien. J’aimerais qu’elle survive à ton enthousiasme. T’M »
Pour ne pas perdre la lumière du matin, j’avais proposé à Colette de déjeuner à Casa Pregonda, cuisine des Baléares et point de chute de ceux qui travaillent avec leurs mains et leur tête. Elle a levé les yeux vers mon chapeau Maison Ôla.
— Ce chapeau te va comme un pays.
— Heureusement Colette, heureusement. Ma tête fait déjà la révolution toute seule. Il lui fallait un gouvernement stable!
— Il y fait beau tout de même ?
— Oui. J’ai négocié le climat. Le soleil me doit quelques faveurs!
Colette pleure devant les publicités de fin d’année, mais reste de marbre face aux drames qu’on surjoue. Elle oublie toujours de prendre son parapluie et rentre trempée, sans se plaindre : “Ce n’est que de l’eau”. Elle rit de ses propres maladresses avant que les autres n’y pensent, et elle console les gens avec des phrases courtes, souvent plus efficaces qu’une longue étreinte. Elle travaille dans la communication culturelle, mais pourrait aussi bien être psychologue, scénariste, ou cheffe spirituelle d’un petit groupe d’âmes en transition. Colette n’a pas grandi au Sud, mais on dirait que le soleil l’a choisie malgré tout.
Sur la table, elle avait empilé des choses.
— Tiens, dit-elle en poussant vers moi un premier lot. Des livres. The Ekphrasis Collection 2025. Couleurs franches, couvertures droites, un langage visuel strict. Ils te serviront d’axe : la caméra s’accroche, la couleur se stabilise. Parfait pour ton prochain shooting!
Puis elle a déplacé une petite boîte,
— Et ça, dit-elle. Les bijoux Mellerio de Julie : or franc, pierres qui savent tenir la lumière. Le Sud, mais poli. Ta mannequin est brune il me semble, ce sera parfait.
— Incroyables. Il m’en faut aussi. Sarah Jessica Parker en porte un dans la dernière saison d’And Just Like That. Je suis faible, je sais. Tu viens toujours dîner vendredi pour l’Amicale ? Tout le monde est dispo. Et il sera, là.
Voilà, cher lecteur, pourquoi ça se voit. Tous mes choix sont touchés par la grâce du soleil. Je refuse l’ombre, je traverse la ville à grands poumons, lancée sur mon E-bike Tokyo Chrome Jitensha. Je poursuis la couleur de l’eau à La Fondation, là où la piscine semi-olympique garde un bleu profond, qui me rappelle les heures vastes du Sud. Toujours accompagnée de mes maillots Borneo Paris. Et lorsque la pâleur me manque, je me rends au Musée Bourdelle. Je m’approche des pierres jusqu’à ce que leur blancheur m’enveloppe. Dans cette lumière-là, je respire mieux.


