Magnus – Masculin pluriel

Magnus est de ces hommes qui traversent le monde à bas bruit. Il n’élève jamais la voix, préfère l’écoute au commentaire, la nuance à l’assertion. Autour de lui, tout va vite, tout s’affirme ; lui avance autrement, avec cette nonchalance apparente qui dissimule une attention aiguë. On le taquine pour son calme, pour cette façon de ne pas se défendre.Magnus n’est pas en retrait : il compose avec le monde à sa manière, explorant une masculinité douce, poreuse, attentive, loin des injonctions et des fracas de l’époque.

FAQ — ToutTout ce qu’un F300 inspire

Te reconnais-tu dansdans les modèles masculins qu’on nous propose aujourd’hui ?

J’ai souvent l’impression que les modèles masculins proposés aujourd’hui oscillent entre l’injonction à la performance et une forme de caricature de la sensibilité. Or je ne me reconnais ni dans l’un ni dans l’autre. as vraiment. J’ai longtemps cherché à me reconnaître dans les modèles qu’on nous propose, sans jamais y parvenir complètement. Il y a bien sûr des figures qui déplacent les lignes, Paul Mescal, Josh O’Connor Mais globalement, j’ai toujours eu le sentiment que la masculinité dominante demandait de se tenir, de se contenir. Or je me suis souvent reconnu ailleurs, du côté de celles et ceux qui ressentent plus qu’ils ne maîtrisent. Le cinéma m’a appris ça : ce sont souvent les actrices qui m’ont le plus bouleversé. Être un homme, pour moi, ce n’est pas adopter un rôle ni cocher des cases, c’est accepter de ne pas savoir exactement comment faire, avancer quand même, un peu à côté.

Quel est tonton style vestimentaire ?

Il y a cette question, posée un jour à Volodymyr Zelensky, qui continue de résonner :
« Pourquoi ne portez-vous pas de costume ? » Comme si le sérieux d’un homme, la légitimité d’une parole, passaient encore par la coupe d’un veston. Ce jour-là, Zelensky ne portait pas un costume, mais une vyshyvanka noire, vêtement traditionnel ukrainien, brodé, chargé d’histoire, de mémoire et de résistance. Il n’était pas en dehors du cadre. Il en redessinait les contours. Il rappelait que s’habiller peut être un acte de fidélité, parfois même de courage. Leonard Cohen, toujours en costume sombre et chemise blanche, David Bowie dans sa période berlinoise, épurée jusqu’à l’os, ou encore Hedi Slimane, fidèle au noir intégral.

Paris a-t-elle modifiémodifié ta manière d’être un homme ?

Oui, bien sûr. Paris n’a pas modifié ma manière d’être un homme, elle l’a désossée. Ici, on comprend vite que la masculinité est un mythe mal lu, un récit mal interprété. Qu’elle n’a rien à voir avec la force, encore moins avec l’autorité bruyante. Tout est affaire de style, au sens le plus sérieux du terme. C’est une ville qui autorise le jeu, la contradiction, la multiplicité. Une pensée à pratiquer. 

Quelle version dede toi cherches-tu à protéger ?

Il y a en moi quelque chose de très simple, presque enfantin parfois

Un poème quiqui te donne espoir ?

Tu souffles la vie sur ma peau
La vie partout
La vie jusque dans tes cheveux défaits
La vie fatiguée de tes yeux
Qui ne peuvent se fermer au plaisir

Simon Johannin – La dernière saison du monde

Comment fais-tu pourpour t’apaiser ?

Par l’aromachologie.
Parce que l’odeur ouvre là où les mots échouent. Elle traverse la mémoire, calme, replace.

Il y a aussi des lieux.
Ryoko-online, à Berlin. Parfums poétiques, thés précis, céramiques, bougies artisanales, et un spa dont les soins du visage comptent parmi les plus justes que je connaisse. J’y reviens pour la sauge et le bois de Palo Santo. Pour nettoyer l’espace, ouvrir quelque chose. Ces odeurs m’aident à écrire. À laisser venir, sans insister.

Une chanson quiqui te transporte ?

Boa sorte (good luck) Ben Harper & Vanessa da Mata

Tu aimes lesles objets, peux-tu nous dire d'où viennent tes préférés ?

Mes objets préférés viennent souvent de sélections très pointues, j’aime particulièrement Objets Inanimés : la curatrice et galeriste Julie Pailhas a un don pour choisir des pièces précieuses. Je rêve notamment de leur porte-bouteilles Audoux-Minet (attribué, circa 1950), un objet sculptural, simple et profondément désirable.

Si un livrelivre devait dire quelque chose de toi, lequel serait-ce ?

Paroles d’artistes femmes.
Parce que tout y est. Le doute, l’ambition, la solitude, le désir de créer malgré tout. Cette phrase de Marie Bashkirtseff me poursuit : « C’est avec la conviction intime que je ne serai jamais lue, et avec l’espérance encore plus intime du contraire, que j’écris mon journal. »
Correspondances, journaux, manifestes… quarante femmes artistes à Paris, de la Belle Époque à l’avant-guerre, célèbres ou invisibilisées, qui cherchent leur place, leur voix, leur reconnaissance. Ce livre raconte la vie de toute femme qui ose parvenir à ses rêves. 

Quelles marques traversenttraversent les saisons avec toi ?

Je m’insurge. Encore. La mode pressée, la beauté jetable, le bijou sans âme ? Très peu pour moi.
Moi, j’aime quand ça prend le temps. Quand ça naît d’un voyage, d’un doute, d’un besoin vital de faire autrement.

Laganini, par exemple.
Adios la fast fashion, adios l’urgence. Bonjour tómatelo con calma. Une île croate, des rencontres, un mot glané chez les locaux. Créer depuis le vide, depuis le désir. Des pièces limitées, colorées, imparfaites, pensées pour une femme qui a du caractère, qui s’amuse, qui vit. Slow life, slow fashion. 

Pour les bijoux, Juliana Bezerra.
Pas du brillant lisse et sans histoire. Non. De l’argent brut, presque vivant. Le Brésil qui dialogue avec le Portugal, la nature, la simplicité, la beauté crue des formes. Des textures irrégulières, des combinaisons improbables.

Et puis Rowse.
Un après-midi gris à Paris, deux femmes, des plantes, la science, le temps long. Assez des promesses creuses. Ici, on parle de longévité, de vérité, de beauté qui dure. Des essentiels végétaux, honnêtes, intelligents. Une beauté sans âge, sans genre, sans surenchère.

Le classique et l’imprévisible.
La lenteur et le désir.
Le passé et ce qu’on invente encore.