Sven
Crédit photo (Lookbook colour.plane) / Aaron Paul Walker
Si votre curiosité s’est un jour attardée sur les grands philosophes, vous avez sans doute croisé cette phrase de Platon : « Il y a une admirable énergie dans l’obstination de la douceur. » Chez Sven, elle n’est pas venue par décision : elle était déjà là, tapie, définitive. Les années passaient, rien dans son attitude n’indiquait la lutte, et pourtant tout laissait penser qu’elle avait lieu. Livré à lui-même dès ses 16 ans, l’errance, le deuil, les amours non réciproques, les refus des grands producteurs de cinéma furent de piètres compagnons de route. Il murmure souvent que la Seine est nourrie de ses larmes, et qu’elle en porte encore la trace à chaque crue. Pourtant, il incarne, à l’aube de ses 70 ans, l’illusion que le temps ne s’écoule pas tant sa douceur parait enfantine, « naïve » pour notre génération. Son secret ? Quand le coeur s’agite, il ouvre son petit carnet et les petits riens, les petits mots soigneusement notés, semblent réparer ce qui tremble « Je commence enfin à comprendre. » après les premiers cris de son fils, « Sa robe portait la couleur des hortensias de ma mère, ceux qui fleurissaient chaque été. » saisi par l’allure d’une femme qui deviendra celle de sa vie.
Crédit photo / Gli Amanti by photographer Mario Giacomelli from the series Verrà la morte e avrà i tuoi occhi
Quelle sorte d’espoird’espoir mettez-vous en l’amour ?
Longtemps, l’espoir d’être sauvé. Je sais désormais que ni les êtres ni les choses ne promettent la guérison. Pourtant, cet espoir m’a tenu en vie.
Quel est votrevotre style d’homme préféré ?
Marcello Mastroianni dans Huit et demi, évidemment. Parce qu’il est élégant, sexy, intelligent, tout à la fois. Il incarne ce que j’appelle l’homme total : celui qui doute, qui désire, qui observe, sans jamais écraser le monde autour de lui. Un homme poreux. Et terriblement vivant.
Un podcast queque vous écoutez en boucle ces temps-ci ?
La correspondance de Flaubert, Lettres à Louise Nolet. Cette tristesse immense, cette tension entre l’amour et l’œuvre. « Je suis d’une tristesse de cadavre… » écrit-il. C’est bouleversant d’honnêteté. Ces lettres disent tout : le désir, l’ennui, la nécessité d’écrire pour ne pas se perdre. Elles rappellent que l’amour peut être une force créatrice autant qu’un vertige.
Quelle musique vousvous accompagne ces temps-ci ?
Nusrat Fateh Ali Khan et Jeff Buckley. Deux voix que tout semble opposer et qui pourtant se répondent. Le mystique et le profane. La transe soufie et la chair du rock.
Chez Nusrat Fateh Ali Khan, il y a l’élévation. Héritier du qawwali, ce chant spirituel soufi destiné à rapprocher l’homme de Dieu, Nusrat invoque. Les notes se répètent, s’étirent, s’envolent, jusqu’à faire perdre toute notion de temps. Sa musique agit sur le souffle, sur le rythme cardiaque, sur quelque chose de plus ancien que la pensée.
À l’autre extrémité, Jeff Buckley. Une voix fragile tant elle semble mise à nu. Il chante l’amour, le manque, le désir, la perte, avec une intensité qui passe par le corps avant d’atteindre l’âme. Ce qui me touche dans cette rencontre imaginaire, c’est qu’elle refuse le choix. Nusrat élève. Buckley expose.
Et pourtant, tous deux partagent une même quête : celle de l’absolu.
En tant queque réalisateur, quel a été votre dernier coup de cœur cinéma ?
La Petite Dernière, de Hafsia Herzi. Un film doux et lumineux, qui ose briser des tabous sans jamais hausser la voix. Cette manière d’aborder la foi, le désir, l’homosexualité, sans jugement, avec une infinie délicatesse… C’est rare. Et précieux.
Et un documentairedocumentaire qui vous a marqué récemment ?
Soundtrack to a Coup d’État, de Johan Grimonprez. Un film ambitieux, traversé par le jazz, la décolonisation, la mémoire politique. Il rappelle que la musique peut être un acte de résistance. Que l’art peut encore dialoguer avec l’histoire sans la simplifier.
Une adresse oùoù vous aimez vous retrouver ?
Puerto Escondido, au sud du Mexique. L’hôtel Humano.
Et près dede chez vous, à Paris ?
Le Studio 28. Une salle de cinéma qui existe depuis 1928. Trois films par jour, un petit café, et les lustres de Jean Cocteau. C’est l’un des seuls lieux parisiens où j’arrive à écrire mes scénarios.


