{"id":10460,"date":"2025-11-26T22:08:00","date_gmt":"2025-11-26T20:08:00","guid":{"rendered":"https:\/\/merka-journal.com\/?p=10460"},"modified":"2025-12-03T12:07:38","modified_gmt":"2025-12-03T10:07:38","slug":"ce-quelquun-que-je-ne-vois-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/2025\/11\/26\/ce-quelquun-que-je-ne-vois-pas\/","title":{"rendered":"Chapitre 1.1 \u2014 Ce quelqu\u2019un que je ne vois pas"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"10460\" class=\"elementor elementor-10460\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-30387cb elementor-section-full_width elementor-section-height-default elementor-section-height-default qodef-elementor-content-no\" data-id=\"30387cb\" data-element_type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-af93409\" data-id=\"af93409\" data-element_type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-db9c3ba elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"db9c3ba\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<p>Chaque matin, entre 7h50 et 8h, je m\u2019ouvre au rythme parisien. Lov\u00e9e dans mes coussins, la t\u00eate en l\u2019air, je pense d\u00e9j\u00e0 aux multiples cadences, aux pas de danses que j\u2019\u00e9pouserai pour laisser les gens se croiser, se d\u00e9croiser, s\u2019entrechasser jusqu\u2019\u00e0 mon lieu de tournage. La respiration de l\u2019homme que j\u2019aime se glisse contre la mienne, chaude et humble, pour siffler le d\u00e9part de la journ\u00e9e. Je me suis lev\u00e9e sur la pointe des pieds, par tendresse, ou peut-\u00eatre parce que mes pens\u00e9es \u00e9taient trop fragiles pour \u00eatre partag\u00e9es si t\u00f4t. Le caf\u00e9 met quelques secondes \u00e0 couler, nos deux tasses sont align\u00e9es sur le comptoir : la sienne, simple, la mienne, caboss\u00e9e par l\u2019usage et fid\u00e8le comme une amie.<\/p>\n<p>Il dort encore, et mon retard est d\u00e9j\u00e0 consomm\u00e9. Les pieds ne sont plus sur les pointes, je dois trouver comment m\u2019habiller. Robe-qui-cache-le-retard ? Pull de la veille, parfum du jour ? Cheveux en bataille mi-d\u00e9faite, mi-d\u00e9termin\u00e9e ? Il me reste 1 minute avant de perdre la r\u00e9servation de mon Lime, tant pis. J\u2019enfile la v\u00e9rit\u00e9 la plus f\u00e9minine du XXI\u00e8me si\u00e8cle, \u00ab&nbsp;mon <a href=\"https:\/\/beaute-printemps.placedestendances.com\/fr\/fr\/les-filles-en-rouje-le-rouge-nathalie-8796230\"><span style=\"text-decoration: underline;\">rouge \u00e0 l\u00e8vres<\/span><\/a> fera le travail&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Press\u00e9e de rejoindre Paris, je claque la porte derri\u00e8re moi avec l\u2019\u00e9lan de quelqu\u2019un qui a d\u00e9j\u00e0 20 minutes de retard sur sa propre vie. \u00c0 peine ai-je pos\u00e9 le pied sur le palier que je tombe sur Magnus, mon voisin du 4\u00e8me, embarqu\u00e9 malgr\u00e9 lui dans des situations qui d\u00e9passent son calme naturel.<br>Il est plant\u00e9 devant la loge de Mme Boulanger, notre concierge, une femme minuscule mais dont l\u2019autorit\u00e9 d\u00e9passe les murs de l\u2019immeuble.<\/p>\n<p>Magnus tient dans ses mains une plante verte agonisante.<br>\u2014 Je pense que la plante a subi un choc existentiel.<br>\u2014 Un choc ?<br>\u2014 Oui. La lumi\u00e8re d\u2019hiver. La crise du sens. L\u2019angoisse de l\u2019avenir.<br>\u2014 Monsieur Magnus, c\u2019est une foug\u00e8re, pas un \u00e9tudiant en philosophie.<\/p>\n<p>Je me glisse dans la sc\u00e8ne, amus\u00e9e.<\/p>\n<p>\u2014 Ou alors elle a simplement manqu\u00e9 d\u2019eau, dis-je.<br>\u2014 Pauline, soupire-t-il, tu r\u00e9duis toute po\u00e9sie \u00e0 la pratique.<br>La concierge, triomphante :<br>\u2014 Merci, mademoiselle. Une femme de terrain, enfin.<\/p>\n<p>Magnus est une \u00e2me douce dans un monde trop bruyant. Un homme qu\u2019on aime chambrer, parce qu\u2019il ne se d\u00e9fend jamais vraiment, sauf quand il s\u2019agit de d\u00e9battre de Godard ou du meilleur beurre pour les tartines.<\/p>\n<p>Il remet sa foug\u00e8re sous le bras, r\u00e9sign\u00e9, et me glisse en passant :<br>\u2014 Tu pars sauver Paris ?<br>\u2014 Non, juste essayer de ne pas me faire avaler par elle.<br>\u2014 Bonne chance, dit-il. Elle a faim, ce matin.<br>\u2014 Je passe te voir ce soir. Et garde-moi la chemise et les mules avec les coeurs en m\u00e9tal Prada 2000\u2019s trouv\u00e9es chez <span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/2025\/09\/19\/grain-de-sell-chiner-les-pieces-de-defiles-a-prix-dinitie\/\">Grain de Sell<\/a><\/span>, j\u2019ai besoin d\u2019un miracle visuel pour mon prochain shooting.<\/p>\n<p>Je descends la rue d\u2019un pas rapide, mon retard me tirant par le poignet. En approchant de la Porte de Clichy, la ville change d\u2019\u00e9paisseur, les bus s\u2019\u00e9nervent, les klaxons s\u2019impatientent, les silhouettes se croiser en fl\u00e8ches tir\u00e9es dans tous les sens. Je ressers mon manteau et m\u2019approche de la bouche de m\u00e9tro.<\/p>\n<p>C\u2019est exactement l\u00e0, que la sensation revient. Je me souviens alors d\u2019un article que j\u2019avais \u00e9crit, il y a quelques mois de \u00e7a, pour la chronique philo de mon magazine de mode pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. J\u2019y \u00e9voquais les Pintupi, ce peuple du d\u00e9sert australien pour qui la peur est une mati\u00e8re d\u00e9coup\u00e9e en 15 nuances. \u00c0 cet instant, le monde se rapproche en <em>Kamarrarringu<\/em>, sentiment gla\u00e7ant, tendu, que quelqu\u2019un se faufile derri\u00e8re moi sans bruit. L\u2019air venait de s\u2019ouvrir pour laisser passer quelqu\u2019un. Je ralentis. Mon coeur, lui, acc\u00e9l\u00e8re. Une intuition, presque animale : quelqu\u2019un suit mes pas \u00e0 un rythme trop proche du mien pour un simple hasard. Je tourne la t\u00eate, discr\u00e8tement, en feignant de v\u00e9rifier je ne sais quoi sur mon t\u00e9l\u00e9phone. Personne. Personne de distinct en tout cas. Juste une mar\u00e9e de passants press\u00e9s, des sacs qui claquent, un joggeur qui slalome et un chien qui prom\u00e8ne son ma\u00eetre. Et pourtant, la sensation persiste.<\/p>\n<p>Je d\u00e9passe la bouche de m\u00e9tro, et la foule se disperse juste assez pour que je jette un regard par-dessus mon \u00e9paule. Une silhouette. Floue. Vite aval\u00e9e par les flux humains. Trop vite. Comme si elle m\u2019avait vue me retourner et avait imm\u00e9diatement d\u00e9cid\u00e9 de dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>Je reste un instant les yeux riv\u00e9s sur la grille de m\u00e9tro qui souffle son haleine m\u00e9tallique, et je murmure pour moi-m\u00eame, presque par r\u00e9flexe :<\/p>\n<p>\u00ab Ce n\u2019est rien\u2026 ou c\u2019est quelqu\u2019un. \u00bb<\/p>\n<p>Je ne suis plus seule. Ce matin, <em>Kamarrarringu<\/em> m\u2019a choisi. Et quelque chose, d\u00e9sormais, attend derri\u00e8re moi.<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On l\u2019appelait maintenant Kamarrarringu.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":10689,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[339],"tags":[],"class_list":["post-10460","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10460"}],"version-history":[{"count":46,"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10460\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10672,"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10460\/revisions\/10672"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10689"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/merka-journal.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}